Longtemps décrié et évincé des solutions climatiques, le télétravail s’impose aujourd’hui comme une action de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre aux bénéfices multiples : réduction de la congestion urbaine, amélioration de la qualité de l’air… et solution face à la crise sanitaire.

Quelques éléments de langages :

Pour Patrice Tissandier et Sophie Mariani-Rousset, auteurs de l’étude « Les bénéfices du télétravail » en mai 2019, le télétravail  « consiste  en  la  possibilité  de  réaliser  son  activité  professionnelle  hors  des  locaux  de l’employeur grâce aux technologies de l’information et de la communication». Par définition, le télétravail est protéiforme, il peut se faire à son domicile ou dans un Tiers-Lieu, en nomade… 

Le Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation et professionnelle et du Dialogue social (2017) définit le télétravail « comme une forme d’organisation du travail qui désigne le fait de recourir à des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour effectuer, hors des locaux de l’employeur, de façon régulière, le travail qui aurait pu être réalisé sur le poste de travail habituel ».

Dans son expertise de septembre 2020, l’ADEME vient conforter le potentiel de décarbonation du télétravail, sous toutes ses formes, en caractérisant les effets rebonds induits par cette non-mobilité.

Les effets rebonds du télétravail

Le télétravail permet de réduire de 271 kgCO2e en moyenne par an et par jour de télétravail hebdomadaire par salarié. Il engendre également des effets directs et indirects pour le salarié, l’employeur et le territoire.

  • Effet climatique

Les trois-quarts des salariés utilisent leurs voitures pour aller travailler quotidiennement, seulement 2 % en vélo. De ce fait, le développement du télétravail a un effet direct sur le climat, en limitant les émissions de GES et en améliorant la qualité de l’air. Certains réseaux de Tiers-Lieux valorisent aujourd’hui ces cobénéfices pour limiter le coût d’usage pour le télétravailleur (CEE, label Bas Carbone, monnaie locale…).

  • Effet « nouvelles mobilités quotidiennes » 

Le télétravail permet à l’usager de gagner du temps par rapport à une journée de travail ponctuée par un trajet domicile-travail. Certains trajets (amener les enfants à l’école, faire des achats…) peuvent être maintenus au cours d’une journée de télétravail. Néanmoins, les études montrent que ces trajets sont réalisés essentiellement avec des modes doux (marche, skate, tramway, vélo…). De plus, la réduction des déplacements pendulaires hebdomadaires « accroît l’attractivité des transports en communs qui leur paraissent plus soutenables pour quelques trajets ». Un effet rebond négatif du télétravail pourrait néanmoins être observé le week-end. Certaines études laissent entendre qu’un report des kilomètres non parcourus la semaine s’effectue le week-end. 

  • Effet Relocalisation 

Le télétravail permet-il aux salariés d’habiter plus loin ? Cette question est souvent utilisée pour condamner le télétravail, mais la réalité est plus complexe. La fréquence de télétravail (1 à 2 jours par semaine) exige de revenir sur son lieu de travail toutes les semaines et les attaches personnelles et la vie de famille sont aussi importantes que le lieu de travail. La relocalisation de son habitat est limitée aux actifs des très grandes agglomérations qui télétravaillent plus de 3 jours par semaine.

  • Effet Logement 

Le télétravail à domicile peut être responsable d’une augmentation des consommations énergétiques des ménages : chauffage, éclairage, équipements informatiques… En réalité, l’augmentation est plutôt faible : les logements sont chauffés toute la journée en hiver (ou régulés avec un thermostat) et un télétravailleur est plus économe en chauffage à la maison que sur son lieu de travail. En moyenne, une journée de télétravail engendre une surconsommation additionnelle de 5 à 7 % (EDF, 2021).

  • Effet « bureau à la demande » 

Cet effet concerne essentiellement les grandes entreprises, qui pour des raisons économiques ou logistiques, proposent aux salariés des flex office, ou bureau à la demande. Dans un scénario d’absence de « bureau à la demande », le télétravail impacte essentiellement les consommations énergétiques de l’entreprise (absence du salarié). En cas de flex-office (organisé ou non), la mise en place de télétravail agit fortement sur la réduction des émissions de GES, en limitant notamment des besoins de foncier pour les employeurs (et en optimisant les surfaces). 

  • Effet « Visioconférence » 

Le télétravail n’est pas le seul facteur de l’augmentation de l’utilisation de la visioconférence dans les entreprises. Le développement des outils collaboratifs et les actions pour réduire les émissions de GES des déplacements professionnels ont participé à l’essor de cet outil. En règle générale, le télétravailleur (inférieur à 2 jours) ne cherche pas à rester « en contact à distance » et reporte son besoin d’interactions sociales les autres jours de présence. Néanmoins, le télétravail augmente légèrement les émissions de GES du salarié qui a recours à la visioconférence pour des réunions ou des tâches internes, jusque-là effectuées en présentiel.

  • Effets systémiques 

Le télétravail a un effet sur la congestion routière et la saturation des transports publics, sur l’organisation du travail (flexibilité horaire), sur les déplacements et les relations professionnelles notamment. D’autres effets systémiques pourraient être imputés au télétravail comme l’amélioration de la qualité de l’air, la gestion de stationnement (pour les communes et les employeurs) mais les études ne sont pas suffisantes pour les caractériser.

Zoom sur le télétravail et les Tiers-Lieux

Le mot Tiers-lieu vient du terme anglais « the third place » qui signifie « le troisième lieu », en référence aux deux premiers lieux que sont la maison et l’entreprise. Il peut aussi bien être un lieu de travail collaboratif (coworking) ou simplement un lieu de télétravail.

Trois grands types de Tiers-Lieux existent, avec des vocations et des attraits différents selon son activité :

  • Les Tiers-Lieux de travail qui regroupent les centres d’affaires et les télécentres ;
  • Les Tiers-Lieux d’innovation qui sont des espaces de coworking, des Fab Labs et autres pépinières et incubateurs…
  • Les Tiers-Lieux publics composés de café, restaurants, bibliothèques, espaces voyageurs…

D’autres formes de Tiers-Lieux existent, à vocation agricole ou culturelle par exemple. Les Tiers-Lieux d’innovation ou publics sont adaptés pour le télétravailleur occasionnel mais pas pour le télétravailleur hebdomadaire, plus propice à utiliser les Tiers-Lieux de travail.


Quelle est la différence entre le télétravail à domicile et le télétravail dans un Tiers-Lieux de travail ?

Type de 

télétravail

Bénéfices possibles

Obstacles éventuels

A son domicile

  • Réduction des effets des déplacements pendulaires
  • Augmentation de la productivité
  • Amélioration de la qualité de vie
  • Développement de l’autonomie
  • Gain de pouvoir d’achat
  • Isolement, retrait, perte de lien collectif
  • Porosité vie pro/perso
  • Configuration de domicile du salarié
  • Justice sociale
  • Défiance de la part des managers
Dans un Tiers-Lieux Les mêmes bénéfices que le télétravail à la maison associés à :

  • Environnement structurant et stimulant
  • Équité entre collaborateurs
  • Équilibre vie pro/perso
  • Sauvegarde du droit à la déconnexion
  • Confiance des managers
  • Limitation des risques de litige en cas d’accident du travail
  • Isolement, retrait, perte de lien collectif
  • Coût de la location du Tiers-Lieux

Aujourd’hui, le télétravail répond aux attentes des salariés et des employeurs. Là où les garanties ne sont pas suffisantes pour pratiquer le télétravail à domicile, les Tiers-Lieux apportent une réponse aux employeurs et aux salariés. En multipliant et en mutualisant ces espaces, la pratique du télétravail aura un avantage certain pour les salariés et les employeurs. L’utilisation des Tiers-Lieux est un moyen de réduire les inégalités sociales et de permettre à chaque salarié de télétravailler dans de bonnes conditions, sans les perturbations du quotidien pour un télétravailleur à domicile.

L’année 2020 ne doit pas rester une référence pour évaluer le télétravail dans une entreprise, les facteurs externes (crise sanitaire, incertitude, peur…) étant trop nombreux. Néanmoins, une grande partie des entreprises et administrations ont pu tester ce mode organisationnel et de nombreux salariés sont satisfaits de pouvoir mixer présentiel et distanciel. 


Julien Lavaud et Dominique Valentin, associés de Climat Local
Cette publication a bénéficié d’une aide financière de l’ADEME, néanmoins les propos n’engage que la responsabilité des auteurs. 

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One Comment

  • Joceline dit :

    Pendant la crise sanitaire 2020-2021 du covid-19 et des périodes de confinement, la plupart des salariés du secteur tertiaire a été contraint d’adopter le télétravail au moins à temps partiel, dans la grande majorité sans expérience préalable. Cela a permis d’analyser à grande échelle les impacts de cette pratique et leur adaptation à ces nouvelles conditions de travail : environ le tiers des télétravailleurs déclare que cela a eu des impacts négatifs sur leur santé physique et mentale ! en cause souvent espace de travail insuffisant, implantation et choix des équipements et mobiliers inadéquats, conflits possibles entre vie professionnelle et vie privée : notamment dans le cas fréquent de petits appartements, il vaut mieux rechercher une solution de télétravail en télécentre proche du domicile, dans des locaux partagés par plusieurs entreprises : ces télécentres (ou espaces de coworking) sont conçus, réalisés et gérés par un opérateur public ou privé, et mis à la disposition de télétravailleurs, avec toutes leurs ressources logistiques et informatiques, pour un loyer modeste : https://www.officiel-prevention.com/dossier/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/la-prevention-du-mal-etre-au-teletravail

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