Les solutions pour bénéficier d’un transport de marchandises plus éco-responsable

Le transport de marchandises est source de problèmes qualitatifs et de nuisances environnementales et sociétales. Prioriser des transports éco-responsables permettra aux acteurs de la supply-chain de tirer le meilleur parti des ressources techniques, humaines et organisationnelles – souvent ignorées – qui sont à leur disposition.

Les choix en matière de transport de marchandises sont encore trop empreints de la seule logique du diptyque coût-délai. Pourtant, il est aujourd’hui devenu crucial pour les donneurs d’ordres (les « chargeurs »), comme pour les transporteurs, de dépasser ce ratio simple qui ne permet pas une analyse qualitative globale et donc optimale.

Le transport de marchandises est appelé à se renouveler en passant d’une logique de coût-délai, à une logique de performance globale et d’amélioration continue, qui intègre autant des objectifs quantitatifs que des objectifs qualitatifs, et ce sur toute la chaîne logistique.

Le bénéfice économique sera là aussi car, en choisissant des véhicules modernes et bien conduits, et donc peu émetteurs de nuisances environnementales (CO2) et sociétales (particules, NOx, SOx, bruit, …), on diminuera sérieusement la non-qualité sur le chaîne de transport (retard, bris, vols, re-livraisons,..) qui peut coûter annuellement jusqu’à 5 % de la facture transport.

Le transport éco-responsable trouve donc toute sa légitimité en permettant de répondre concrètement aux nouveaux impératifs d’évolution de la société, du secteur et de ses acteurs, et en apportant de nouveaux avantages économiques.

Il s’agit maintenant de comprendre comment les acteurs de la supply-chain peuvent davantage s’impliquer dans cette nouvelle démarche en identifiant les méthodes pour passer à un transport plus éco-responsable, tout en respectant le couple coût-délai qui ne peut être ignoré.

Concrètement, le transport éco-responsable passe en premier lieu par du bon sens, en interrogeant nos modes de consommation et nos modalités de prise de décision. Vient ensuite l’élaboration de choix stratégiques par l’optimisation. Ces optimisations sont plurielles et cumulables.

Le transport éco-responsable par l’optimisation modale

La structuration des flux et le besoin en transport de marchandises dépendent largement de l’implantation des infrastructures de production, des usines, des zones d’emplois, des zones urbaines, qui, par l’intermédiaire de plateformes logistiques et d’installations de transbordement, alimentent les infrastructures de transport et leurs véhicules.

Une question essentielle réside dans la meilleure manière de raccorder le réseau planétaire, surtout maritime, au réseau local, ferroviaire, fluvial et routier, inhérent in fine à l’alimentation de nos zones urbaines. Il s’agit de tirer le meilleur parti d’une articulation et d’une complémentarité entre tous les modes, chacun isolément n’apportant qu’une partie des réponses.

Alors qu’en France la part du mode routier est de 89% et que la part du transport ferroviaire est devenue très faible, 9%[1], la mutation progressive de l’offre de mobilité s’effectue essentiellement par le glissement d’une approche mono-modale vers un système intermodal. L’avenir du transport durable de marchandises est à la coopération entre les modes.

Transporter éco-responsable s’inscrit dans cette mouvance et suppose que dans un premier temps, lorsqu’il est possible d’opter pour un mode de transport plus doux, c’est-à-dire avec moins d’impacts négatifs sur la société, ce choix soit effectué. 

Le transport éco-responsable par l’optimisation logistique

Rendre éco-responsable le transport par l’optimisation logistique invite à reconsidérer l’ensemble des méthodes et moyens relatifs à l’organisation de ce service. Cette réorganisation peut s’effectuer de deux manières : à la fois par une réduction des distances parcourues, et également par la mutualisation des flux de marchandises.

Premièrement, l’évitement géographique, qui consiste principalement à éliminer ou réduire au minimum les besoins de transport, en regroupant les colis (augmentation du taux de chargement : tonnage moyen par kilomètre effectué), ou en rapprochant les origines des destinations par l’optimisation des trajets (réduire le kilométrage moyen par tonne transportée).

Parallèlement, la mutualisation des flux est un élément central de l’organisation de la logistique des marchandises : les technologies de communication et la capacité à suivre chaque colis transporté devraient aller vers un meilleur usage des transports massifiés avec plus de flexibilité et de multi-modalité.

De nouveaux services et acteurs apparaissent donc, en particulier avec des solutions pour mieux optimiser l’utilisation de nos actifs (chargement des véhicules, organisation des tournées), et se développent à partir du volume toujours croissant de données générées par l’activité de transport. Les systèmes d’information par les bourses de fret ou les TMS (Transport Management System) sont, par ce biais, de plus en plus présents et puissants. La capacité de ces systèmes à partager les données permet aussi une mise en réseau des acteurs et une optimisation plus globale. Il est probable que les logisticiens vont devoir inclure de plus en plus de solutions temps réel, et la proposition de parcours et de tournées basée sur du prédictif avec un taux de remplissage en temps réel.

Le transport éco-responsable par la formation et l’optimisation technologique 

L’optimisation des ressources humaines et technologiques concourt à la mise en place des conditions les plus favorables à un transport éco-responsable par la révision, l’amélioration et l’adaptation des outils, machines, procédés et méthodes employées par les acteurs du transport.

L’initiative la plus répandue – et la plus efficace – est bien entendu la formation à l’éco-conduite des conducteurs (on lui trouve différents noms : conduite douce, conduite rationnelle, …). Adopter un mode de conduite doux peut réduire de 15 à 20 % la consommation d’un véhicule. De plus, le gain énergétique est doublé par des gains de réduction sur le plan des accidents, et même sur l’entretien des véhicules.

Conjointement, les véhicules peuvent être dotés d’équipements aux technologies avancées tels que les objets connectés qui se sont multipliés ces dernières années.

Ces outils d’amélioration des performances des métiers du transport peuvent, suivant leurs fonctionnalités, permettre d’assister en temps réel le chauffeur, d’assurer le suivi des programmes de maintenance du véhicule, permettant ainsi une bonne planification et l’amélioration du taux de disponibilité des véhicules.

Le large panel d’offres d’équipements, souvent avec des rentabilités rapides, à condition de correspondre aux utilisations du véhicule, vise globalement à la réduction de la consommation. On peut jouer sur l’aérodynamisme, sur les choix des pneus, leur pression, les choix d’huiles et les rythmes d’entretien, l’utilisation de boîtes robotisées bien choisies, et ainsi permettre un gain moyen de 5 à 7% sur la consommation globale d’un parc de véhicules routiers.

Il s’agit finalement de disposer de la bonne technologie, au bon endroit, au bon moment !

Enfin, il est possible d’améliorer son bilan GES et de diminuer son empreinte environnementale, en travaillant son mix énergétique. Les enjeux de la question de l’énergie s’expriment selon différentes modalités :

  • Appauvrissement des ressources face à la pression de la demande en matière énergétique ;
  • Nécessité d’une relative indépendance vis-à-vis des aléas d’approvisionnement notamment géopolitiques ; point encore plus compréhensible avec les évènements actuels
  •  Coût de l’énergie ;
  • Impact environnemental majeur.

Pour un moteur donné, les options ne sont pas considérables, mais il est toujours possible de prendre du diesel enrichi en bio-fuels, sans toutefois dépasser les limites prescrites par les constructeurs d’origine. Ces bio-fuels sont produits à partir d’esters raffinés issus de bio-méthane, ou d’huiles recyclées. De même, la filière hydrogène avec des piles à combustible commence à se développer largement avec une autonomie raisonnable.

 

L’augmentation des besoins de mobilité a pu être compensée par l’amélioration de la performance énergétique des systèmes de transport. Il n’en reste pas moins que le transport contribue à 26 % des gaz à effet de serre au niveau mondial, et que c’est le seul grand poste de consommation dont les émissions ne baissent pas . 

Néanmoins, le transport de marchandises rencontre des problématiques pratiques et conjoncturelles qui ne rendent pas toujours évidents les biais d’amélioration éco-responsable. 

Le besoin de mobilité croissant, dû aux facteurs démographiques mondiaux, et à l’évolution des niveaux et modes de vie, se traduit par une pression forte exercée sur les chargeurs et transporteurs. Concomitamment, sauf précautions, le bilan environnemental s’en retrouve bien souvent négativement affecté, autant à l’échelle locale que globale.

A cela, s’ajoute la difficulté d’une mise en relation entre les différents acteurs qui peut freiner la concrétisation de stratégies éco-responsables. Le transport de marchandises se réfléchit et s’améliore en partie au travers de ses composantes : l’énergie, les équipements, les systèmes intelligents, les comportements individuels ou encore les incitations émanant des politiques publiques.

Difficile d’agir efficacement sans une réflexion large et très en amont… et une contrainte réglementaire progressive et suivie !

Charlotte Vaglio, Ingénieure méthodologie et études chez TK’Blue Agency

Cette publication a bénéficié d’une aide financière de l’ADEME, néanmoins les propos n’engagent que la responsabilité de l’auteur.

Sources :

[1]Chiffres de 2020, source : Transports et Mobilité 2020-2023,  Ademe

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.