Comment réussir à lier résultats à court-terme avec des actions qui demandent plus de vision ? L’objectif : entraîner le management et légitimer ces actions à plus de 3 ans. Les clés de réussite : Quick Wins, outils de reporting et rythme de transition carbone d’ici à 2030.

Lors de la mise en place d’une stratégie climat au sein de votre entreprise, il y a fort à parier que vous vous retrouviez confronté au problème de la temporalité de votre plan d’action. En effet, les actions de réduction des émissions de GES sont pour une bonne partie des actions avec un temps de mise en œuvre qui dépasse les 3 ans, ce qui est souvent  l’horizon de temps déjà maximal d’une entreprise. Alors comment les légitimer malgré tout ?

En parallèle, les parties prenantes externes de votre entreprise peuvent vous interroger sur des horizons encore plus à long-terme : 2030, voire 2050. Ces perspectives sont intéressantes pour fixer un cap à l’entreprise, mais de telles échelles de temps relèvent presque de la science-fiction pour le management ! Comment réussir à les convaincre de se projeter à si long-terme ?  

Pour répondre à ces problématiques, voici deux volets sur lesquels travailler :

Volet 1 : Calculer et valoriser les gains réalisés année après année  

Sur une période de un à trois ans, valorisez les actions « quick wins », c’est-à-dire les actions et mesures simples à mettre en place sur lesquelles vous pouvez communiquer et qui peuvent porter leurs fruits dans une courte échelle de temps, afin de commencer à motiver vos collaborateurs. Par exemple : le passage à un fournisseur d’électricité verte*, le changement de flotte de véhicule, etc.

Pour les actions qui ont un impact sur une période plus longue, de trois à six ans, telles que le développement de nouveaux produits ou le travail sur la supply chain, suivez avec un tableau de bord trimestriel l’avancement de l’action et des sous-actions.  Ceci vous permettra de garder votre plan d’action sous-contrôle et de pouvoir faire le reporting des actions entreprises même si elles n’ont pas encore d’impact sur la performance carbone.

Enfin, réalisez une analyse d’écart de l’évolution de la tendance de la performance carbone d’une année sur l’autre : effet volume, effet mix produits, effet prix, effet actions de réduction des émissions de GES… Vous pourrez ainsi mettre en évidence le réel impact des actions mises en œuvre sur la performance carbone.

Volet 2 : Définir et valider un objectif de performance à long-terme (2030)

Cet objectif de long-terme (2030 par exemple) ne doit pas être vu comme un objectif opérationnel qu’il faut impérativement atteindre quoi qu’il arrive, mais plutôt comme un moyen de poser un “rythme” de transition carbone dans l’entreprise : X% de décarbonation par an pour les 12 ans à venir par exemple. Il permet de fixer un cap et de remonter les ambitions de décarbonation.

Cet objectif à long-terme a vocation à être révisé tous les 3 ans. Vous pourrez de toute façon ajuster la visée en fonction des progrès réalisés et des nouvelles informations et techniques disponibles. En effet, les outils et les scénarios de transition carbone s’amélioreront beaucoup d’ici 3 ans et vous pourrez redéfinir de nouveaux objectifs en conséquence à ce moment.

Cette démarche peut être encadrée par un label (Science Based Targets Initiative par exemple) ou par un dispositif comme ACT (Assessing Low Carbon Transition) qui permet d’évaluer si la stratégie mise en œuvre est cohérente avec l’objectif fixé

Guillaume Neveux, Directeur associé chez I Care & Consult
 
*à noter que le passage à un fournisseur d’électricité verte ne fait pas directement diminuer les émissions de GES de l’entreprise qui réalise son bilan carbone, puisqu’elle est raccordée au réseau national. En revanche, l’entreprise participe bel et bien à la réduction du facteur d’émission du mix électrique français et vous pouvez communiquer sur ce point.

Cet article appartient à la série « APCC : avis d’experts ».  Sur la base de vos questions et des situations rencontrées lors de leurs interventions sur le terrain, les experts APCC partagent leurs conseils afin de permettre à tous ceux qui rencontrent une difficulté similaire de trouver les clés de résolution de leur propre problématique.

Cet article vous a-t-il été utile ? N’hésitez pas à faire appel aux membres de l’APCC, tous experts sur les thématiques énergie, climat et environnement, pour vous conseiller et vous accompagner. Vous pouvez aussi contacter directement l’APCC pour nous poser votre question et/ou diffuser une annonce ou un appel d’offre auprès de tous les experts membres APCC.

 

En catégorisant vos gammes de produits selon des critères d’impact GES et en se basant sur les émissions du produit phare de chaque catégorie, vous progresserez pas à pas.

Mettre en place une stratégie climat au sein d’une entreprise qui vend des biens et produits nécessite de s’intéresser au cycle de vie de ces produits. Il est important notamment de prendre en compte les émissions du produit après sa sortie du périmètre d’action direct de l’entreprise : transport, utilisation, fin de vie, déchets, pour avoir une vision réaliste de ses émissions globales. Cette étape correspond à un “Scope 3 aval”, c’est-à-dire les émissions indirectes de l’entreprise en aval de ses sites de production.

Cependant, comment évaluer correctement ce Scope 3 en aval, lorsque votre entreprise fabrique une grande diversité de produits ? Comment inclure ce Scope 3 de manière pertinente dans votre stratégie pour vous aligner sur l’objectif des 2°C des Accords de Paris ? A noter que le Scope 3 concerne également les émissions en amont, mais nous nous concentrerons sur les émissions aval dans cet article.

A lire aussi : 

Émissions indirectes de GES : leur prise en compte est primordiale pour réussir sa stratégie climat, par A2DM

 

Rassemblez vos produits en catégories

En ce qui concerne le Scope 3 et en particulier le Scope 3 aval, il faut accepter de progresser pas à pas, d’un bilan sur l’autre, pour en affiner progressivement la prise en compte d’un BEGES (Bilan des Emissions de Gaz à Effet de Serre) à l’autre.

Si votre entreprise met sur le marché une diversité importante de produits, il s’agit de les rassembler en catégories aussi homogènes que possible du point de vue de leurs impacts GES respectifs au sein des étapes suivantes de leur cycle de vie : éventuels procédés de transformation, transport, consommations d’énergie et/ou de matière à l’usage puis modalités de traitement de fin de vie comparables.

Basez-vous sur un produit phare pour chaque catégorie

Puis, pour chacune des catégories ainsi définies, prenez le temps d’étudier le profil d’impact GES d’un produit phare au sein de cette catégorie. Les émissions associées à chaque poste du BEGES pourront être calculées pour chaque catégorie de produits par extrapolation des résultats obtenus sur le produit phare associé à chacune d’entre elles. Les émissions totales de GES correspondant au scope 3 “aval” de votre entreprise équivalent à la somme des émissions de toutes les catégories de produit (scope 3 aval).

Il n’est pas rare qu’il apparaisse assez vite que l’impact GES de l’une (ou d’un nombre très réduit) de ces catégories domine largement toutes les autres : dans ce cas, l’effort principal pour obtenir un calcul fiable devra clairement porter sur ce poste pour ces étapes du cycle de vie des produits, tout comme – et c’est le plus important – le plan d’action qui découlera du BEGES.

Intéressez-vous aux objectifs 2° de vos parties prenantes

En ce qui concerne l’alignement 2° du Scope 3 aval, il n’existe pas de stratégie simple et uniforme. Une approche possible est de s’intéresser aux objectifs 2° des secteurs d’activité et clients finaux qui transforment et utilisent les produits vendus par votre entreprise et de fixer vos objectifs de progrès sur cette partie du cycle de vie des produits en référence à ceux de ces secteurs d’activité.

Si votre entreprise vend ses produits dans plusieurs secteurs d’activité différents, vous pouvez ainsi imaginer vous fixer un objectif pertinent, en principe, par combinaison de ceux de ces secteurs d’activité.

Rémi Marcus, Co-fondateur, consultant et formateur chez ECO2 Initiative.

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Intégrer les flux de marchandises dans sa stratégie climat est primordial pour une approche carbone complète. Mais comment avoir une vision claire de leur chaîne de transport ? La solution : en réaliser une cartographie géographique et temporelle.

Cartographier ses flux de marchandises

Le manque de visibilité sur le transport de vos marchandises peut nuire à la prise en compte globale de l’impact carbone de votre structure dans sa stratégie climat. Vous connaissez certainement vos tonnages achetés, vendus et évacués mais peut-être manquez-vous de connaissance sur les flux de ces marchandises, car  vous n’intervenez pas directement à cette étape.

Or, la connaissance des flux de marchandises, quelles qu’elles soient, est un élément majeur pour une approche carbone complète. Il s’agit d’une connaissance à acquérir pour l’entreprise qui ne dispose souvent que d’informations partielles sur le sujet.

La solution efficace est de bâtir une cartographie des flux. Cette cartographie doit se réaliser sur deux échelles :

Une cartographie géographique des flux

Elle vise à retracer les mouvements des marchandises, aussi loin que l’on peut les identifier ou au moins sur lesquels une action est envisageable. Ainsi, type de marchandise par type de marchandise, les différentes étapes sont portées sur un graphique de flux : départ, étapes, lieux de livraison. La plus facile est souvent celle des flux sortants que l’on maîtrise. Celle des flux entrants nécessite des échanges avec vos fournisseurs et celle des flux de déchets des échanges poussés avec les organismes gestionnaires de la collecte et du traitement. Cette cartographie va souvent faire apparaître des étapes insoupçonnées.

Comment mieux gérer vos flux de marchandises ?

Un exemple de cartographie géographique des flux

Une cartographie “temporelle”.

Même si le terme de cartographie semble peu adapté, il s’agit ici de faire une représentation graphique du nombre de mouvements. Combien de livraisons et quels jours? Combien de départs clients par semaine? Ce type de représentation fera bien souvent apparaître immédiatement les mutualisations possibles et les regroupements à envisager.

Avec ces deux outils, votre structure sera en mesure de mieux visualiser le parcours complet de vos marchandises, dans le temps et l’espace. Cela fera ainsi ressortir les leviers d’actions dont vous disposez pour optimiser ces flux.

Cette cartographie des flux est tellement nécessaire qu’elle est devenue obligatoire dans la V8 de la méthode Bilan Carbone®.

Gilles Grandval

Responsable du pôle énergie climat chez Mosaïque Environnement, Vice-Président de l’APCC.


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