L’analyse du risque physique pour les entreprises peut se révéler complexe, et la multitude d’approches, de méthodes et d’outils n’aide pas. Afin de vous appuyer dans cet exercice, I Care & Consult, membre de l’APCC, partage ses 5 conseils à suivre pour mener à bien votre diagnostic et mettre en œuvre votre stratégie d’adaptation.

Les entreprises font face à un futur incertain. Aux incertitudes habituelles liées à un contexte politique, industriel et sociétal en mutation permanente, viennent s’ajouter des crises de nature différente, mais aux conséquences tout aussi importantes les unes que les autres : crises financières, sécuritaires, sanitaires … et, bien évidemment, la crise climatique.

Le changement climatique comporte deux types de risques pour les entreprises :

  • Les risques de transition font référence aux conséquences d’une transition vers une économie bas-carbone (durcissement des réglementations environnementales et fiscales, disruption des marchés, changement des préférences des consommateurs…) 
  • Les risques physiques sont associés aux conséquences physiques du changement climatique. Ils peuvent être liés aux évolutions tendancielles du climat (hausse des températures, élévation du niveau de la mer…) ou bien à l’accroissement en fréquence et en intensité d’évènements climatiques extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, inondations…).

Les conséquences physiques du changement climatique sur les entreprises sont déjà bien visibles en France, et font de plus en plus la une des journaux : des inondations qui perturbent le transport ferroviaire(1), des sécheresses qui interrompent le transport fluvial(2) et qui menacent l’activité des exploitations agricoles(3), mais aussi des températures en hausse qui favorisent le tourisme dans le nord de la France(4)

 

Figure 1. Illustration des impacts du changement climatique sur la chaine de valeur d’une entreprise (Source : ADEME 2020, « Diagnostic des impacts du changement climatique sur une entreprise. Recueil international d’expériences ». Illustration élaborée par I Care & Consult)

Le cadre réglementaire évolue et va évoluer en conséquence : les recommandations de la Task-force on Climate-Related Financial Disclosures (TCFD)(5), l’article 173 de la Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), ou encore la Norme NF EN ISO 14090 « Adaptation au changement climatique — Principes, exigences et lignes directrices » (6) encouragent les entreprises à fournir des informations claires et transparentes sur les menaces et les opportunités liées aux risques climatiques.

Mais, concrètement, l’analyse du risque physique, en quoi ça consiste ?

L’analyse du risque physique repose sur deux piliers :

  • L’analyse de l’exposition de l’entreprise aux menaces externes, c’est à dire les phénomènes climatiques. L’exposition dépend de l’emplacement géographique de la chaine de valeur de l’entreprise ; par exemple, une entreprise avec une usine située en bord de Loire est exposée aux inondations, alors qu’une usine en Savoie sera potentiellement affectée par les glissements de terrain. 
  • La compréhension de la vulnérabilité interne de l’entreprise face aux phénomènes climatiques, pouvant varier en fonction de la nature de ses activités. Par exemple, une entreprise de construction est particulièrement sensible aux vagues de chaleur, car au-delà d’une certaine température la santé des employés travaillant à l’extérieur est menacée, et les chantiers peuvent subir du retard. Cependant, la sensibilité de l’entreprise peut être mitigée par sa capacité à s’adapter. Pour reprendre le même exemple, une entreprise de construction pouvant modifier les horaires de travail de ses employés pour réduire leur exposition aux vagues de chaleur est moins vulnérable par rapport à ses concurrents. 

Pour mener à bien ces deux volets du diagnostic, il est donc nécessaire de réaliser d’une part une analyse solide et rigoureuse de son exposition à des aléas climatiques, en s’appuyant sur des données scientifiques (projections climatiques du GIEC, données de Météo France…), en déclinant l’analyse sur plusieurs horizons temporels (2030, 2050, 2100…), et ce sur plusieurs scénarios d’évolution des émissions de GES (par exemple les scénarios RCP 8.5 et 4.5 du GIEC). D’autre part, il est essentiel d’étudier dans le détail le fonctionnement de l’entreprise, identifier les différentes « briques » de sa chaine de valeur et caractériser leur dépendance aux ressources physiques.

Cette analyse, bien qu’essentielle et urgente, est encore peu répandue parmi les entreprises, qu’il s’agisse de grandes entreprises cotées (CAC40) ou des ETI et PME. La difficulté perçue de l’exercice, ainsi que la confusion autour des méthodologies et des étapes à suivre, sont en partie responsables de ce retard. 

Vous souhaitez vous adonner à l’exercice ?

Voici les 5 conseils d’I Care & Consult pour mener à bien votre analyse du risque physique :

1. Avant de commencer : définir le périmètre de l’analyse !

La définition du périmètre de l’analyse est une étape fondamentale et à ne pas négliger, car elle permet d’éviter de passer à côté d’enjeux importants et de bien calibrer vos efforts. En effet, l’analyse des risques physiques peut être très simple (ex : une matrice des risques qui permet de hiérarchiser les risques prioritaires) ou très complexe (ex : une chaine d’impacts sur l’ensemble de la chaîne de valeur avec la définition de valeurs seuils et une estimation des impacts financiers). Avant de vous lancer dans l’exercice, posez-vous les questions suivantes : 

  • Pourquoi souhaite-je réaliser cette analyse ? A quoi va-t-elle me servir ?
  • Quel périmètre géographique et opérationnel étudier ? Un site en particulier ? Toutes mes activités sur l’ensemble de ma chaîne de valeur ?
  • Quel niveau d’ambition se préfixer ?
  • Quels moyens humains et financiers puis-je mobiliser ? 

Cette étape de définition du périmètre est souvent réalisée trop rapidement, ou de manière trop approximative, alors qu’elle est fondamentale et va conditionner toute l’analyse.

2. Adopter une approche systémique

L’entreprise est un système complexe, composé d’actifs, d’équipes, de chaînes d’approvisionnement, de produits, de services… Ce système s’insère à son tour dans un contexte social, politique et économique plus large, qui interagit avec les activités de l’entreprise. Les interconnexions entre ces différentes briques du système sont importantes à capturer afin d’identifier les impacts directs et indirects du changement climatique.

Par exemple, si on prend une entreprise qui produit des tubes d’acier, les aléas climatiques peuvent avoir des conséquences :

  • Directes : des inondations ou des cyclones qui endommagent ses usines ;
  • Indirects : une sécheresse qui entraine une baisse du niveau d’étiage des rivières et qui perturbe le fret fluvial, essentiel pour transporter les matières premières au sein de cette entreprise. 

Pour capturer ces interconnexions, la norme NF EN ISO 14090 encourage l’utilisation d’une approche systémique. Ce type d’approche peut également aider l’entreprise à identifier de façon préventive les conséquences involontaires de ses solutions d’adaptation avant qu’elles ne soient mises en œuvre (par exemple une digue construite par l’entreprise en question pour protéger des inondations un site en bord de rivière peut augmenter la vulnérabilité du village plus en aval).  

3. Choisir l’approche de diagnostic la plus adapté à vos besoins

Nous avons vu que l’analyse peut être faite à plusieurs niveaux : à un niveau « macro » pour identifier les hotspots de risques prioritaires, ou à un niveau « micro » pour comprendre de façon plus fine les conséquences des évolutions climatiques sur un site ou une activité. Cette variété d’analyses possibles se reflète dans la panoplie de méthodes et outils à disposition des entreprises pour réaliser leur diagnostic (nous les avons recensés pour vous dans le Recueil d’expériences de l’ADEME « Diagnostic des impacts du changement climatique sur une entreprise »).

Choisissez votre approche méthodologique en fonction de l’objectif et de la granularité que vous souhaitez atteindre avec votre analyse ; par exemple, la matrice de risque peut être un bon choix si vous souhaitez identifier et hiérarchiser de façon rapide les points chauds prioritaires. Si en revanche vous voulez aller plus loin dans votre analyse, une analyse des seuils pourrait être ce qu’il vous faut. En effet, l’analyse des seuils permet d’identifier de manière fine les stades au-delà desquels le fonctionnement d’un système est compromis de façon significative ou irréversible (par exemple, la viabilité des chemins de fer est compromise au-delà d’une certaine température). En étudiant la manière dont les aléas climatiques affectent ces seuils de fonctionnalité, l’entreprise peut identifier différents niveaux de risque, et ainsi mettre en œuvre des actions d’adaptation incrémentales.

Figure 2. Synthèse des trois principales approches de diagnostic ((Source : ADEME 2020, « Diagnostic des impacts du changement climatique sur une entreprise. Recueil international d’expériences ». Illustration élaborée par I Care & Consult)

4. Associer les bonnes personnes aux bons moments

Comme nous l’avons évoqué, l’analyse des risques physiques repose sur deux piliers : la compréhension des menaces externes à l’entreprise (exposition) et la compréhension des facteurs de sensibilité interne (vulnérabilité) à l’entreprise. Pour mener à bien le deuxième volet de l’analyse, une bonne compréhension du fonctionnement de l’entreprise est essentielle. Ergo : n’hésitez pas à vous appuyer sur votre expertise interne ! La co-construction de l’analyse vous permet de :

  • Assurer la pertinence de votre analyse des risques physiques avec la réalité du terrain
  • Sensibiliser vos collègues aux enjeux de l’adaptation au changement climatique 
  • Renforcer la légitimité de l’analyse et favoriser la mise en œuvre de votre stratégie d’adaptation

Afin de ne pas sursolliciter vos collègues, choisissez le moment le plus adapté pour les associer, en fonction de leur expertise et de leur responsabilité. Par exemple, lors de la priorisation des risques, il est important d’associer a minima votre direction stratégique, alors que vos équipes opérationnelles pourront apporter une forte valeur ajoutée lors de l’analyse de sensibilité, en raison de leur connaissance fine de la réalité du terrain. 

5. Ne pas partir de zéro !

Bilan carbone, stratégie d’alignement 2°C, analyse de matérialité, rapport RSE, analyse du risque physique… une démultiplication des démarches environnementales et stratégiques au sein de votre entreprise risque de diluer la force de frappe de chacune de ces initiatives. La solution : intégrer tant que possible votre analyse du risque physique à l’existant. Par exemple, votre travail d’identification et hiérarchisation des risques physiques peut servir à éclairer votre analyse de matérialité ; votre diagnostic et votre stratégie d’adaptation peuvent être valorisés dans votre rapport RSE ou dans votre document d’enregistrement universel. 

 

Vous l’avez désormais bien compris, il n’y a pas qu’une seule façon de réaliser une analyse du risque physique. Finalement, notre conseil est : pour trouver la bonne approche, posez-vous avant tout les bonnes questions !

 

Alessia Vittorangeli – Consultante environnement et stratégie chez I Care & Consult


(1) En Occitanie, le trafic ferroviaire interrompu par les intempéries (25 octobre 2019), Le Monde, disponible ici

(2) La baisse du niveau du Rhin affecte l’économie alsacienne (19 décembre 2018), Le Monde, disponible ici 

(3)  Face à la vague de sécheresse que continue de connaitre la France, le ministère de l’Agriculture prend de nouvelles mesures pour accompagner les agricultures (12 aout 2020), Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, disponible ici

(4)  Réchauffement climatique : les touristes et les français se tournent massivement vers la Normandie ( 6 décembre 2018), France info, disponible ici

(5) https://www.fsb-tcfd.org/publications/

(6) https://www.iso.org/fr/standard/68507.html

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