Numérique & CO2 : amis ou ennemis ? par Avenir 4

La révolution numérique que nous connaissons est-elle plutôt une menace pour le climat, ou au contraire une opportunité ?
Cette question est complexe. D’un côté, l’outil informatique peut faciliter la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais s’il est mal maîtrisé, ou utilisé à des fins inutiles, il est clair que les conséquences négatives seront supérieures aux bénéfices.
Ainsi, il ne faut pas diaboliser les technologies numériques, mais il faut en connaître les dangers.

Ordres de grandeurs

La première analyse que nous pouvons tirer des publications disponibles est l’extrême incertitude qui entoure les données liées à la fabrication comme à l’usage des équipements numériques.

Le graphique ci-contre représente les ordres de grandeur des 3 principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre liées à l’usage d’un PC.

Les consommations finales d’électricité représentent la partie visible de l’iceberg. En effet, les émissions pour la fabrication d’un PC est souvent proche de la tonne de CO2, et l’usage d’Internet peut aussi engendrer d’importantes émissions, à raison de près de 10g CO2 par requête.

Globalement, nos émissions liées à l’usage du numérique sont souvent proche de 0,5 tonne de CO2e/an par personne. A comparer avec notre « droit à émettre », inférieur à 2 tCO2e, et à nos émissions annuelles, de l’ordre de 10 tonnes de CO2e.


Notre rapport au numérique n’est donc pas neutre en carbone, mais nous avons bien d’autres gisement d’économie à notre disposition pour réduire notre impact.

Sitôt publié, sitôt obsolète : un secteur difficile à analyser

Les données les plus récentes publiées par l’ADEME datent de 2011. Avec l’essor des projets « Green IT », et compte tenu de la rapidité des changements dans ce secteur, ces études mériteraient d’être mises à jour.
Il convient en particulier de noter les progrès du secteur en termes de performance énergétique : la récupération de chaleur fatale des data centers, qui alimentent désormais des réseaux de chaleur, et les investissements massifs des GAFA dans les énergies renouvelables (cf graphique ci-dessous). Ces grandes sociétés, Google en tête, conscientes de leur dépendance à l’électricité, disposent d’une puissance de production verte de plusieurs GW, soit l’équivalent de plusieurs réacteurs nucléaires.

Focus sur 3 usages du numérique

Le télétravail ne fait pas l’objet de consensus : certains affirment que cette manière de travailler augmente les émissions, d’autres pensent le contraire. Tout dépend des hypothèses prises en compte. En attendant, chacun doit faire le bilan entre les économies engendrées (transports, gain de place dans l’entreprise, etc.) et les émissions induites (chauffage du logement, équipements spécifiques, etc.). En outre, comme pour la dématérialisation, notons que ce type d’action organisationnelle répond aussi à des enjeux socio-économiques, à des choix de société et une organisation d’entreprise qui ne se mesurent pas en tonne de CO2.

Les réseaux sociaux devraient faire l’objet d’une analyse spécifique. Si les serveurs de Facebook ou Tweeter émettent des gaz à effet de serre, ils permettent de faire transiter l’information de manière très efficace. Potentiellement, cet accès à l’information est un levier pour mettre en œuvre des actions de réduction. Si la seule finalité de ces outils est d’échanger des banalités ou de propager de la désinformation, alors ils ont tendance à augmenter les émissions mondiales. En revanche, s’ils sont utilisés à bon escient, ils peuvent devenir un outil très puissant pour sauver la planète.

La blockchain, enfin, est probablement la technologie numérique qui représente le principal enjeu climatique. Les consommations d’électricité des « mineurs » de bitcoin ont déjà fait couler beaucoup d’encre. Néanmoins, ces grandes quantités d’énergies peuvent, à l’avenir, être utilisées pour des applications qui auront des conséquences vertueuses. Par analogie, si l’on ne voit dans la blockchain qu’un gouffre énergétique, on ne devrait voir dans un PC que les impacts qu’il induit : dans une démarche responsable, il faudrait logiquement revenir à la machine à écrire, beaucoup moins carbonée. Ainsi, de même que l’on considère que l’informatique est un outil indispensable pour tous ceux qui œuvrent à sauver le climat, il faudra sûrement bientôt considérer que les consommations d’électricité dues à la blockchain sont un mal nécessaire.

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