On vous dit tout sur cette nouvelle Agence dans le paysage français !

La parution du décret du 26 décembre 2016 relatif à l’organisation et au fonctionnement de l’Agence Française pour la Biodiversité a pris effet le 1er janvier 2017. L’AFB représente la mesure phare de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, votée le 20 juillet 2016.

Il s’agit d’un établissement public mené par l’astrophysicien Hubert Reeves, son président d’honneur. L’AFB devient alors le 2e grand opérateur de l’Etat en matière d’environnement, aux côtés de l’ADEME, Agence pour l’Environnement et Maîtrise de l’Energie. Elle compte 1 220 agents, et s’articule autour de 3 pôles nationaux qui sont Brest, Montpellier et Vincennes. A savoir que d’autres agences régionales naîtront par la suite.

Placée sous la tutelle du Ministère de l’Ecologie, l’AFB centralisera les problématiques liées aux écosystèmes et à la biodiversité terrestre, aquatique et marine. Cette agence est issue de la fusion entre 4 organismes :

  • l’Office national de l’eau et milieux aquatiques (ONEMA),
  • les Parcs nationaux de France (PNF),
  • le groupement d’intérêt public Atelier Technique des espaces naturels (ATEN)
  • et l’Agence des aires marines protégées (AAMP).

Par ailleurs, l’AFB compte également dans sa composition, du personnel de la Fédération des conservatoires botaniques nationaux et du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN).

L’Agence Française de la Biodiversité aura pour principaux objectifs de :

  • Collecter des données
  • Apporter un appui technique à l’Etat et aux collectivités
  • Occuper le rôle de police de l’environnement
  • Animer des stratégies nationales
  • Réaliser des actions de sensibilisation et de formation professionnelle
  • Gérer des aires protégées
  • Préserver des continuités écologiques
  • Soutenir financièrement des actions partenariales

Son organisation territoriale comprendra également des antennes de façades maritimes, une direction régionale et des services départementaux. Conjointement à l’AFB, les régions pourront mettre en place des agences régionales, des établissements publics de coopération environnementale, en mesure de s’associer aux départements engagés.

Dans un communiqué de presse du 23 décembre 2016, il a été annoncé qu’une feuille de route pour 2017 verrait le jour avec un contrat d’objectif et de performance. Enfin, toujours dans ce même communiqué, la Ministre de l’Environnement Ségolène Royale indique que le 1er Conseil d’Administration verra le jour le 19 janvier prochain.

Consulter le document : décret relatif à l’organisation de l’Agence Française pour la biodiversité, ici.

Bureau d’études – Alterea

La notion de justice climatique est apparue dès l’ouverture de la COP 21. Cette notion vise à préserver le droit à tous à un environnement sain, et surtout, à préserver les plus vulnérables des impacts du changement climatique. Bien que les lois prennent des mesures pour limiter le réchauffement à 2°C, nous pouvons d’ores et déjà nous rendre compte que des impacts irréversibles existent et notamment chez les plus démunis.

Saul Luciano Lliuya, paysan péruvien dont le village se trouve au pied d’un lac alimenté par un glacier, accuse une entreprise voisine, faisant partie des géants de l’industrie fossile, d’être directement responsable de la fonte du glacier et donc de la montée des eaux du lac.

Partant du principe réel que si le glacier était amené à brusquement fondre à cause de ce réchauffement, ce serait les habitations de plus de 35 000 personnes qui seraient « balayées par une vague ». Ainsi, pour se protéger, il souhaite l’installation d’une digue et d’une pompe pour faire baisser le niveau du lac. Seulement, les frais avoisinant les 3,5 millions d’euros, Saul Luciano Lliuva demande à ce que les responsables de ce changement climatique en payent une partie.

Preuve que la justice climatique a encore du chemin à faire, sa demande a été rejetée malgré le caractère urgent et moral de l’affaire. En cause : la difficulté à prouver la responsabilité de l’usine et le lien entre le dommage subit et son activité. Les avocats des représentants de l’usine disent ne pas être les seuls responsables de la pollution et c’est cette défense récurrente qui suffit à ce qu’aucun cas similaire n’a été résolu jusqu’ici.

« Plus nous sommes nombreux à polluer, moins nous en sommes responsables »

C’est bien là la réalité de l’effet de groupe. En attendant, cela retarde à trouver des financements pour des aménagements qui n’auraient pas lieu d’exister sans leur activité, et qui doivent se construire sans attendre.

Le risque d’un creusement des inégalités est donc réel, et nous ne parlons pas seulement d’amélioration de la qualité de l’air, mais bien de survie dans de nombreux cas.

L’objectif de la justice climatique est de tout faire pour que le réchauffement n’accroisse pas les inégalités, mais au contraire aide à en atténuer les conséquences. Le droit international s’appuie sur plusieurs principes qui peuvent servir de fondement  à  la  justice  climatique.  Les  États  ont  l’obligation  de  prévenir,  réduire  ou  contrôler  les  dommages  à  l’environnement et les  activités  réalisées  sous  leur  juridiction  ne  doivent  pas  y porter atteinte.

Philippine Gueguen – Ekodev

A 33 ans de l’échéance 2050, alors que nous sommes invités à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre, les outils pour définir les plans d’action restent artisanaux. Les ingénieurs, comptables, ou politiques, qui conçoivent le monde de demain, utilisent encore trop peu l’open data et l’intelligence artificielle. Pourtant, l’exercice est trop global et trop complexe pour être réalisé seulement par des cerveaux humains. Un changement de logiciel est nécessaire pour démystifier l’analyse de cycle de vie, multiplier les quantifications et ainsi avoir une meilleure connaissance du réel, en relativisant les « vérités » qu’on nous assène.

La quantification carbone consiste à quantifier un impact qui ne se mesure pas. Cela est aussi vrai pour tous les impacts, environnementaux ou sociaux. Les impacts d’une action ou d’un objet ne peut en effet s’obtenir que par un calcul : il n’existe aucun instrument capable de mesurer notre responsabilité climatique.

Dans ce cadre, comment peut-on juger la justesse d’une allégation environnementale ? La posture la plus courante est de se fier à la confiance accordée à la source: une information “institutionnelle” est supposée plus fiable qu’une information “Tartempion” ; une publication d’une prestigieuse école a plus de poids que l’étude réalisée par l’IUT du coin. Pourtant, même les meilleurs peuvent se tromper, être influencés par des lobbys, analyser un cas non représentatif, ou avoir un parti pris méthodologique qui ne traduit pas une vérité universelle. Cette posture de « confiance en la source » est donc risquée.

Un des premiers freins à la relativisation est la confusion entre la justesse d’une information et sa précision. On accorde généralement plus de crédit à la précision (le niveau de détail associé à une information) qu’à la justesse (la conformité de l’information avec le réel). Une information relativisée, décontextualisée, est peu précise : la plage des résultats possibles est parfois très large. Pourtant, cette information sera plus juste, car elle traduit mieux le réel. C’est sur la base de cette information imprécise que nous pourrons nous baser pour recontextualiser l’exercice, et améliorer

progressivement la précision.

Nous vivons tous dans l’illusion de la précision : rare sont les études, les méthodes ou les logiciels, qui intègrent correctement la notion d’incertitude. Ainsi, les décideurs sont systématiquement confrontés à des affirmations absolues du type « vous économisez 42 tonnes de CO2 » ou « le temps de retour sur investissement est de 8,4 ans ». Pourtant, chacun a conscience qu’il existe un gap entre théorie et pratique. Pourquoi ne pas modéliser ce gap dès la phase « théorie », en relativisant les résultats ?

Dans la logique « absolue » qui prédomine, la quantification carbone peine à se généraliser. Comment peut-on convaincre au sujet de la justesse d’un résultat, et de la pertinence des recommandations qui en découlent, si ce résultat est susceptible de varier en fonction de la personne qui réalise le calcul ? Comment convaincre, tout simplement, de réaliser l’exercice ?

Notre réponse est la suivante : il faut réduire considérablement le coût du calcul, puis focaliser l’analyse sur les incertitudes, les risques et opportunités. Actuellement, le temps humain est essentiellement dépensé pour la collecte d’information, la modélisation de processus, l’animation de groupes de travail et la rédaction de rapports. Nous remarquons que l’analyse des incertitudes n’est pas au menu, et qu’une partie importante du travail pourrait être réalisée par des intelligences artificielles plus performantes, plus rapides et moins coûteuses.

Pour maîtriser nos impacts et agir juste, il faut les connaître de manière juste. Cela implique une relativisation systématique, et un tissage des nombreuses connaissances disponibles. Les progrès du numérique permettent désormais ce tissage. Nous sommes convaincus que la crise de confiance envers les « détenteurs de vérité » dans laquelle nous sommes entrés est l’opportunité pour développer des applications permettant d’utiliser la surabondance d’informations contradictoires pour mieux décrire le monde réel. L’essor des fake-news et du fact checking, d’une part, et d’autre part de la démocratisation de la connaissance (wikipedia, open data, MOOC) témoignent de ce besoin de vérité.

Ainsi, dans un avenir proche, nous ne travaillerons plus avec les bases de données « carbone » actuelles, limitées et plus ou moins confidentielles. Dans cet avenir proche, nous travaillerons à partir de données en masse, avec de l’intelligence artificielle, et beaucoup plus de coopération entre les différents acteurs.

Nous travaillons depuis plus d’un an sur ces sujets, avec des spécialistes de l’Analyse de Cycle de Vie, de la Conceptualisation Relativisée, et du Numérique.

Vincent Provot, Avenir 4