The Shift Project, représenté par Jean-Marc Jancovici, présentait début avril son manifeste pour décarboner l’Europe en neuf propositions.

Ce manifeste, signé par plus de 100 dirigeants d’ entreprises, de représentants d’organisations professionnelles ainsi que de nombreuses personnalités de la société civile et d’associations, appelle les États européens à proposer une stratégie nous permettant d’atteindre les objectifs fixés en fin 2015 par l’Accord de Paris sur le climat.

En effet, conformément aux engagements pris durant la COP21, nous devrions être en mesure de diviser par 3 les émissions planétaires d’ici à 2050.

Les signataires de ce manifeste souhaitent donc provoquer l’impulsion politique qui permettra « de passer des déclarations d’intention à l’invention concrète d’une économie durable. »

Les neuf propositions du Shift Project décrivent ce que l’Europe pourrait faire pour respecter l’accord de Paris sur le climat et respecter les objectifs fixés :

  • Fermer toutes les centrales à charbon
  • Généraliser la voiture à moins de 2 litres aux 100 km
  • Réussir la révolution du transport en ville
  • Tripler le réseau des trains à grande vitesse
  • Inventer l’industrie lourde post-carbone
  • Rénover les logements anciens
  • Lancer le grand chantier de rénovation des bâtiments publics
  • Développer la séquestration de carbone par les forêts européennes
  • Réussir le passage à l’agriculture durable

La mise en œuvre de ces propositions permettrait ainsi de répondre aux enjeux de réduction des émissions de gaz à effet de serre afin de respecter notre « budget carbone » (plafond d’émissions de gaz à effet de serre visé en 2050). Cependant elle ne suffirait pas à atteindre l’objectif visé par l’Europe et notamment par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni : zéro émission nette, objectif confirmé et affirmé en 2016 lors de la COP22 à Marrakech.

Serez-vous signataires de ce manifeste ?

Pauline Pineau – Ekodev

Sources : The Shift Project – Decarbonize Europe

En décembre 2017, la COP23 qui se tiendra à Bonn (Allemagne) sera l’occasion de fêter les 20 ans du protocole de Kyoto.

En 1997, la communauté internationale s’engageait en effet dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cet engagement a été adopté 5 ans seulement après la conférence de Rio, où le problème avait été officiellement acté pour la première fois. Mais il n’est entré en vigueur qu’en 2005, à quelques années de son terme.

Depuis 20 ans, nous naviguons entre euphorie, déceptions, espérances et belles déclarations.

Des raisons d’être optimiste

Dans l’article « inquiétudes et soulagements – retour sur 20 ans de rebondissements », nous analysions le progrès constant réalisé par la France. Malgré de regrettables atermoiements et une apparente lenteur dans les progrès, le cap du facteur 4 est maintenu. La situation actuelle était inconcevable il y a 15 ans.

A l’échelle internationale, la posture inquiétante du nouveau président US et les nouvelles alarmantes de l’arctique et antarctique continuent à nous rappeler que l’euphorie n’est pas de mise. Néanmoins, nous avons de bonnes raisons de rester optimiste : nous disposons de nombreux outils pour mettre en œuvre la transition. Toutes les parties prenantes commencent à s’approprier les questions énergies-climat ; le cadre juridique et institutionnel s’organise ; les dispositifs de financement et les expérimentations se développent. Nous avons aussi des lièvres à suivre : dans tous les domaines, il existe des pays leaders, qui nous incitent à progresser toujours plus vite.

Pour garder cet optimisme, il faut garder en tête les mots de Pierre Radanne qui nous invite à « aimer ce siècle ». Il faut écouter Pierre Rabhi, appelant à « l’insurrection des consciences ».  Si nous agissons tous à notre petite échelle, tels des colibris, nous sommes capables de grands changements. Au-delà de ces postures philosophiques, un minimum de pragmatisme s’impose. Il faudra donc, aussi, se réconcilier avec les mathématiques, comme le suggère J.M. Jancovici, pour savoir identifier les vraies bonnes actions et les fausses bonnes idées.

Des raisons d’agir

Quelle que soit l’issue des négociations internationales en cours, nous resterons responsables de nos choix. Ainsi, n’attendons pas de souffler les 20 bougies de Kyoto pour isoler nos bâtiments. N’attendons pas d’une COP qu’elle redessine nos infrastructures de transport en commun. De même, ce n’est pas à l’ONU que se décideront, en décembre, l’embauche d’un économe de flux dans une collectivité ou l’installation d’une chaufferie biomasse dans une usine.

Pour honorer comme il se doit les 20 ans du protocole de Kyoto, nous devons redoubler d’effort et investir plus que jamais dans l’économie bas carbone. Faisons-en sorte que cet anniversaire ne soit pas un rappel macabre des difficultés diplomatiques à l’échelle internationale. Espérer que les négociations de la COP23 aboutissent à des mesures vertueuses et concrètes, espérer que les Etats tiennent leurs engagements ne suffit pas pour faire de vous un acteur sensible aux problèmes climatiques. La meilleure manière de démontrer votre sensibilité, c’est d’agir. Certains agissent déjà, d’autres font semblant, certains attendent. Nous ne devons pas attendre que l’ONU règle seule les problèmes climatiques. Chacun, à son échelle, doit agir. Plus le temps passe, et plus il devient immoral d’attendre ou de faire semblant d’agir.

Il y a 2 ans, beaucoup d’actions ont été mise en œuvre à l’occasion de la COP21. Espérons que les 20 ans de Kyoto puissent être l’occasion d’un engouement similaire, pour redonner un élan aux actions vertueuses.

Vincent ProvotAvenir 4

Retour sur 20 ans de rebondissements

Notre vie de prestataire carbone est une succession de phases d’inquiétudes et de soulagements. Tels les traders ou les accros à l’héroïne, nous sommes tantôt déprimés par les informations alarmantes, tantôt enthousiastes face à l’opportunité de réaliser l’impossible : éviter la catastrophe climatique annoncée.

En 1997, il y a tout juste 20 ans, l’adoption du protocole de Kyoto a été un premier soulagement. Il fut aussi la source d’une première inquiétude : il n’est entré en vigueur qu’en 2005, à quelques années de son terme. En ce début des années 2000, la France s’engageait dans la voie du facteur 4 (Plan Climat National, 2004) et promulguait une Loi de Programmation Energétique ambitieuse (Loi POPE, 2005). Malgré ce cadre officiel rassurant, l’inquiétude restait forte et les perspectives étaient sombres : la décroissance énergétique semblait quasi impossible. Elle était totalement improbable, les experts étaient inaudibles, nos arguments étaient tournés en dérision, etc. Dix ans plus tard, en 2015, la Loi de Transition Energétique confirme la trajectoire « décroissante » dans laquelle nous sommes engagés. Soulagement :  la courbe de nos consommations s’est infléchie, et les enjeux énergétiques et climatiques sont désormais dans l’esprit de la majorité de nos concitoyens.

En 2007, la France connut une période d’euphorie écologique, lors du Grenelle de l’environnement. S’en est suivie une période de déception face aux décrets d’application inexistants ou vidés de sens. Mais des avancées ont néanmoins eu lieu. Depuis 2012, l’histoire s’est répétée. Nous avons connu le doute : le gouvernement allait-il tenir sa promesse de sortir progressivement du nucléaire tout en gardant le cap de la réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Comment le protocole de Kyoto, arrivé à son terme, allait-il être prolongé ? Chaque année, des informations déprimantes sur les problèmes et notre incapacité à les régler succèdent aux annonces rassurantes ou aux témoignages encourageants. Puis l’année 2015 a été marquée par la Loi de Transition Energétique et la COP21. Nouvelle phase d’euphorie. Puis rebelotte : des décrets d’application décevants ou inexistants, mais des bonnes nouvelles aussi, et des indicateurs globalement favorables à une transition jugée utopiste 15 ans auparavant.

En ce début d’année 2017, la publication du scénario négawatt nous a apporté son lot de bonnes nouvelles. La première d’entre elle est que l’histoire leur a donné raison. En effet, l’évolution réelle de nos consommations correspond à leurs scénarios précédents – les scénarios tendanciels « officiels » n’ayant pas prévu le point d’inflexion que nous avons connu. Les autres bonnes nouvelles sont que notre situation énergétique en 2050 sera meilleure que dans les précédentes versions, que la transition va créer des centaines de milliers d’emploi, que nos campagnes seront plus vertes et les villes moins polluées.

Durant ces 20 dernières années, nous avons donc connu beaucoup de rebondissements. Et même si certains soulignerons que nous avons pris beaucoup de retard, que nous ne sommes guère meilleurs qu’il y a 20 ans, force est de constater que nous sommes dans une dynamique très encourageante. Dans divers secteurs, ce qui était l’œuvre de pionniers il y a 15 ans est devenu la norme.

Ainsi, le défi de la réduction d’un facteur 4 de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 (nous n’en sommes plus qu’à 33 ans) reste plus que jamais possible et souhaitable.

Vincent Provot Avenir 4