Le 17 novembre dernier s’est clôturée la 23e Conférence des Parties (COP23) organisée à Bonn en Allemagne et sous la présidence des Fidji, représentants des peuples insulaires, premiers touchés par les impacts du changement climatique. Mais alors, que reste-t-il de l’accord de Paris, entériné il y a maintenant deux ans lors de l’enthousiasmante COP21 ?

À l’heure du retrait des États-Unis de l’accord de Paris et de la tenue d’une réunion de défense des énergies fossiles à l’initiative de la Maison-Blanche, rappelons que l’objectif de la Conférence des Parties de cette année était de mettre sur pied le « manuel d’application » de l’Accord de Paris. Les objectifs définis dans l’accord de Paris semblent de plus en plus inatteignables.

L’Europe s’est pourtant dressée face aux États-Unis en promettant de redoubler d’efforts et de financer le GIEC en se substituant aux Américains. Pourtant, l’Allemagne ne pourra pas remplir son objectif de réduction de 40% de ses émissions de gaz à effet de serre en 2020 par rapport à 1990, par son recours massif au charbon, la plus polluante des énergies fossiles. Bonne élève, la Chine semble pour l’instant à la hauteur de ses ambitions grâce au développement des énergies renouvelables qui a permis la diminution des émissions de CO2 du pays de 1% en 2017.

Au cours des débats, l’ONU Environnement a insisté sur l’écart « catastrophique » entre les engagements des États pour limiter les émissions de GES et les réductions qu’il faudrait opérer pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C, avec les engagements actuels qui couvrent à peine un tiers des réductions d’émissions nécessaires. Afin de limiter le réchauffement à 2°C ou même 1,5°C, le monde devrait émettre au maximum 41,8 Gt de CO2e en 2030, or, si les pays s’en tenaient à leurs engagements présents, sans les renforcer, ils produiraient encore 52,8 Gt en 2030. Le ministre costaricain Edgar Gutierrez Espeleta considère d’ailleurs que « l’accord de Paris a boosté l’action climatique, mais cette dynamique […] s’essouffle ».

« En novembre 2016, le père Noël a sacrément eu chaud aux moustaches : le pôle Nord a connu un incroyable pic de chaleur, avec une température supérieure de 20°C par rapport aux normales saisonnières (-5°C au lieu de –25°C). En Antarctique, la zone la plus froide du globe, désormais, il pleut régulièrement au lieu de neiger. »

« 2017 a aussi vu des ouragans d’une intensité inédite dans les Caraïbes et dans l’Atlantique, en août, septembre et octobre, à l’instar de l’ouragan Irma, qui a ravagé les îles de Saint Barthélemy et Saint-Martin, les 5 et 6 septembre derniers. Il s’agissait du plus puissant ouragan enregistré dans l’atlantique nord depuis Allen en 1980, par la vitesse de ses vents soutenus (295 km/h). »

« En 2016, 23,5 millions de personnes ont été déplacées dans le monde en raison des catastrophes d’origine météorologique, rappelait récemment l’ONG Oxfam. »

La recrudescence de ces évènements climatiques extrêmes, première preuve du réchauffement climatique, annonce-t-elle une prochaine COP polonaise enterrant définitivement l’espoir de ne pas dépasser les 1,5°C de réchauffement pendant ce siècle ?

 

Pauline Denis-Pineau – Consultante Climat / Énergie – Ekodev

 

Sources :

  • Sud-Ouest, Lutte contre le réchauffement climatique : six batailles déjà (presque) perdues
  • Novethic, Dans un monde à +4°C, 11 % de l’économie mondiale est menacée
  • Le Monde, A la COP23, Merkel et Macron réaffirment leurs ambitions climatiques
  • Comité 21, Note d’analyse du 13 novembre 2017, Climat : La COP23, transition douce ou accélération ?
  • Le Monde, La Chine investit dans les renouvelables et ses émissions de CO2 diminuent.